Depuis deux ans, en lien avec des laboratoires d’analyses scientifiques et trois écoles vétérinaires, l’Association CHENE mène une enquête scientifique de fond sur les causes de la mortalité du Hérisson d’Europe, une espèce de plus en plus vulnérable. Les vétérinaires associés à l’étude ont fait part de l’avancée des analyses, toujours en cours, le mardi 26 octobre 2021, à l’Espace de découverte du CHENE.

Cette étude scientifique part du constat de la hausse exponentielle de la mortalité du Hérisson d’Europe, dont les effectifs sont en diminution sur le territoire français. Victime de collisions routières, de pesticides, d’accidents de jardinage, d’animaux domestiques (le chien principalement), de pathogènes ainsi que du nourrissage abusif par l’homme, l’espèce se porte mal.

Le CHENE en première ligne coopère avec des scientifiques

Au centre de soins du CHENE, soigneurs et bénévoles accueillant les animaux sauvages en détresse sont les premiers témoins de phénomènes inquiétants concernant la santé des hérissons. Ces petits mammifères terrestres présentent de plus en plus de problèmes respiratoires, des tares génétiques ou des signes de faiblesse généralisée de l’organisme.

En 2019, l’Association CHENE débute une étude scientifique d’envergure sur ces causes de mortalité, menée par le pôle EVAAS (Expertise Vétérinaire et Agronomique des Animaux Sauvages) de l’école vétérinaire Vet Agro Sup. L’étude se fait en collaboration avec les écoles vétérinaires de Nantes (Oniris) et Maison-Alfort, et les laboratoires départementaux d’analyses de Seine-Maritime (LAVD76, Vet diagnostics). Cette recherche co-financée par la Région Normandie, le Fond Feader et la Métropole de Rouen, a été effectuée sur près de 180 spécimens hérissons. De nombreux prélèvements ont pu être faits sur ces individus, et permettent de constater la présence de différentes pathologies chez les spécimens pris en charge.

En concertation avec un comité scientifique regroupant différents experts de la faune sauvage, et notamment du hérisson, le pôle EVAAS a mis sur pied un plan d’analyse pour tenter de répondre à la question posée. Son chargé de projet, Julien Hirschinger, se trouvait à Allouville-Bellefosse le mardi 26 octobre 2021 pour présenter les résultats préliminaires de l’étude.

Le travail de recherche a d’abord porté sur l’analyse statistique des admissions et de la mortalité des hérissons entre 2015 et 2020 au CHENE. Ces analyses ont mis en évidence une augmentation significative des admissions des hérissons sur cette période, ainsi qu’une augmentation de la proportion de hérissons admis par rapport aux autres espèces. Parallèlement, ces analyses ont montré une augmentation significative de la mortalité sur cette période, notamment chez les individus juvéniles.

Hérissons juvéniles en soins dans la nurserie du CHENE – Fanny Jouet

Des recherches basées sur de multiples analyses encore en cours

Un large panel d’analyses de laboratoire a été réalisé pour identifier les causes de mortalité des hérissons admis au CHENE. Ces analyses se sont basées sur un échantillonnage exhaustif réalisé par les équipes du CHENE, et ciblant les individus adultes ayant séjourné au centre de soins moins de trois jours. Sur ces échantillons, des analyses histologiques ont été réalisées au laboratoire Vet Diagnostics (analyses au microscope de la structure des tissus) afin de mettre en évidence des altérations tissulaires révélatrices de processus pathologiques.

Un processus en lien avec la mort a été mis en évidence chez la moitié des individus analysés, au premier rang duquel on trouve infections bactériennes et infestations parasitaires. Aucune infection virale n’a été détectée.

Des analyses microbiologiques ont ensuite été réalisées au laboratoire départemental d’analyses de Seine Maritime. Des agents pathogènes classiquement décrits chez les hérissons, comme la salmonellose, ont été principalement identifiés. Une infestation parasitaire généralisée des appareils respiratoires et digestifs a été détectée dans la majorité des individus analysés. Sur ces cas, la signification pour la santé de l’animal reste à approfondir. Des parasites classiquement décrits chez les hérissons ont été trouvés en majorité, mais aussi des parasites plus rares, comme la douve du hérisson (Brachylaemus erinaceus).

Une soigneuse bénévole administre un traitement à un hérisson en salle de quarantaine du CHENE – Marine Steinmann

Pour évaluer la santé des individus admis, des analyses hématologiques et biochimiques ont été réalisées. Bien que préliminaires, ces analyses ont montré la présence d’anomalies dans la majorité des échantillons, révélatrices d’infections bactériennes et parasitaires, d’anémies et d’inflammations.

Enfin, des analyses toxicologiques sont encore en cours de réalisation afin de mettre en évidence une éventuelle exposition à des contaminants chimiques tels que des pesticides, des métaux lourds ou des produits phytosanitaires.

Ces résultats préliminaires mettent en évidence des causes de mortalité diverses sans identification d’une entité unique responsable à elle seule de la mortalité observée. Ce phénomène est une constatation fréquente en faune sauvage, avec une mortalité souvent multifactorielle impliquant des conditions environnementales (taille des populations, malnutrition, altération de l’environnement par des activités humaines, etc…) qu’il convient de prendre en compte. Ils soulignent aussi la nécessité de comparer les résultats actuels, obtenus chez la population adulte, à des protocoles similaires sur la population juvénile.

L’étude se poursuit jusque fin décembre 2021, avec de nouvelles analyses prévues, un raffinement des résultats déjà obtenus et une dernière phase de synthèse et de valorisation. De nouvelles directions de recherche seront proposées afin d’investiguer complètement le phénomène, avec une possible extension à l’échelle nationale voire Européenne.

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